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Une Journée d'Etude sur l'EILE (Enseignement d'Initiation aux Langues Etrangères) a été organisée par l'Association des Professeurs de Langues Vivantes (APLV) le 23 mars 1996 au Lycée Louis-Le-Grand. En voici une synthèse, qui constitue la position de l'APLV sur ce sujet. Cette synthèse paraîtra également dans le prochain numéro des Langues Modernes.
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L'APLV, comme elle l'a toujours annoncé, ne peut qu'être favorable au principe même d'un enseignement d'initiation aux langues étrangères au niveau primaire:
· Cet enseignement, d'une part, répond à une forte demande de parents d'élèves à juste titre conscients de l'enjeu formatif que constitue de nos jours la maîtrise des langues étrangères. · Cet enseignement, d'autre part, plaît aux enfants, qui prennent ainsi contact avec une première langue étrangère dans des conditions (enseignement par leur maître, intégration à la vie de la classe, utilisation des méthodes adaptées à leur âge et à leurs motivations, pédagogie de la réussite) qui peuvent en faire un enseignement extrêmement bénéfique. Face à la manière dont se déroule actuellement cet enseignement et son extension, l'APLV ne peut cependant que faire certaines remarques, émettre certaines réserves et formuler certaines inquiétudes. 1. En ce qui concerne les cassettes proposées depuis septembre 1995 aux enseignants de CE1 par le CNDP, quelles que soient leurs qualités et le succès qu'elles obtiennent auprès des enfants, l'APLV considère indispensable de faire les observations suivantes : a) Il est regrettable que la culture propre à chaque pays soit absente de ces cassettes. On aurait pu souhaiter, par exemple, des chansons et comptines authentiques, qui auraient avantageusement remplacé, tout en étant aussi efficaces, certaines séquences plus artificielles proposées. b) Il est clair que l'assimilation véritable des contenus linguistiques ne peut se faire par de simples répétitions des formules des dialogues, mais qu'elle exige des interactions véritables entre les élèves et l'enseignant. L'utilisation de ces cassettes, par conséquent, ne permet pas de faire l'impasse sur une formation des enseignants qui leur assure un minimum de maîtrise personnelle de la langue. c) Si les cassettes de CE1 étaient effectivement reprises - comme certaines rumeurs en font état, au début du CE2, les demandes formulées aux points a et b ci-dessus se feraient naturellement encore plus pressantes. d) La seule écoute des cassettes ne peut amener à la formation de l'oreille, qui est l'un des principaux objectifs affichés de l'EILE ; on sait en effet que l'imprégnation passive ne suffit pas, l'enseignant devant toujours intervenir pour vérifier la discrimination auditive de ses élèves et effectuer les éventuels exercices correctifs correspondants. L'utilisation de ces cassettes, par conséquent, ne peut autoriser à faire l'impasse sur une bonne formation des enseignants dans ce domaine. e) Étant donné cet objectif affiché de formation de l'oreille, il est très regrettable que la reprise de la même mélodie musicale d'une langue à l'autre entraîne dans toutes les langues de graves déplacements d'accent tonique. 2. En ce qui concerne les objectifs et les implications de cet enseignement, les observations suivantes nous semblent nécessaires : a) Il y a de la part d'une certaine partie de l'opinion publique un espoir totalement fantasmatique - entretenu par beaucoup de médias - d'une sorte de bilinguisme précoce qui est en réalité parfaitement impossible à approcher dans les conditions actuelles de l'EILE en France. Si un effort d'information massif et conséquent vis-à-vis de cette opinion publique n'est pas réalisé à brève échéance, les désillusions ne pourront qu'être très fortes, auxquelles personne dans l'Éducation nationale - ni l'Administration, ni les responsables pédagogiques, ni les enseignants - n'aura à gagner. Cette opinion publique s'appuie d'ailleurs, pour alimenter cet espoir, sur certains arguments - dont certains sont parfois repris officiellement, tels l'existence d'un l'âge critique ou encore l'idée que plus l'apprentissage d'une langue est précoce, plus il est aisé et efficace - qui ne sont absolument pas validés scientifiquement dans l'état actuel des recherches sur le sujet. b) La généralisation de cet enseignement à moyen terme, qui répond aux souhaits de l'opinion publique et est par ailleurs la seule manière d'éviter des problèmes ingérables d'hétérogénéité des classes tant dans le primaire qu'à l'entrée en 6e, est toujours officiellement à l'ordre du jour. Mais il y a un manque de cohérence manifeste, actuellement, entre cette volonté affichée de généralisation et le dispositif en place de formation des enseignants, manifestement insuffisant. Les futurs professeurs d'école en seconde année d'IUFM qui n'ont pas choisi la langue au concours de fin de première année, par exemple (et on sait que s'ils ne l'ont pas choisie c'est parce qu'ils estimaient ne pas être en mesure de passer une épreuve de langue de niveau baccalauréat), ne reçoivent pour la plupart d'entre eux en seconde année qu'une vingtaine d'heures de cours de langue, et une vingtaine d'heures de didactique de l'EILE. c) Tant au niveau européen qu'au niveau français est affichée officiellement une volonté d'oeuvrer à la diversification des langues enseignées au moyen de l'extension et de la généralisation de l'EILE. Or : · d'une part les cassettes n'ont pour l'instant été réalisées que pour les langues allemande, anglaise et espagnole ; quelles que soient les réserves que l'on peut formuler à leur propos, on sait qu'elles peuvent inciter des enseignants à se porter volontaires pour l'EILE, et qu'en tant que signe de reconnaissance institutionnelle elles valorisent l'enseignement de ces langues aux yeux de l'opinion publique ; il est donc souhaitable que des cassettes soient réalisées très vite pour les langues arabe et portugaise; · d'autre part il semble bien qu'en France l'EILE au mieux ne concoure en rien à la diversification, au pire aggrave le déséquilibre en faveur de l'anglais au niveau du choix des langues en classe de 6e, comme l'a d'ailleurs souligné l'auteur du " Rapport Legendre " de novembre 1995 ; l'APLV, dont le maintien de la diversification de l'enseignement des langues est l'une des préoccupations premières, sera donc particulièrement vigilante sur ce point, et demande que des études statistiques très précises soient d'ores et déjà menées à ce propos. d) L'APLV considère enfin qu'un enseignement de la même langue depuis le CE1 jusqu'à la classe terminale, c'est-à-dire pendant onze années, n'est pas crédible dans les conditions actuelles offertes par le système scolaire : on sait déjà en effet que le niveau des bacheliers n'en sera pas amélioré, et que pour un certain nombre d'élèves, au contraire, seront aggravés au cours de leur scolarité la lassitude et le découragement face aux inévitables phénomènes de palier voire de régression dans leur apprentissage linguistique. Une réflexion urgente s'impose pour envisager des réorganisations radicales des cursus de langue dans l'enseignement secondaire, si l'on veut éviter là aussi de graves désillusions. L'APLV pour sa part se déclare prête, comme elle l'a toujours fait, à participer de manière positive à cette réflexion commune avec tous les responsables et partenaires intéressés. Paris, le 5 mai 1996 Christian PUREN, président de l'APLV |